Elles ont le cou si long !

  

La presse est particulièrement clémente sur la gent politique. Celle-ci relève pourtant,souvent, de la bouffonnerie la plus pure. Les déclarations d’Emile Vernaudon  proclamant  sa volonté de travailler avec « une majorité quelle qu’elle soit » pour tourner à nouveau casaque 24h plus tard, ont été à peine critiquées, tant leur auteur est rapidement rentré dans le rang très sage de l’immaculé To Tatou Aia en s’y trouvant soudain très bien, « au nom de l’intérêt général » Et oui ! Terminée la mine humble du petit garçon qui "a fait des erreurs", lors des audiences au tribunal. Le shérif a retrouvé le pep de la liberté, des combines et des surenchères.

 Le plus comique tout de même ou le plus affligeant c’est de constater que le rédacteur de l’un de ces articles publié dans le marbre du navire amiral d’Hersant, sans un sursaut, sans une critique, précise que tout cela est très bien, très clair même, grâce au sésame qui absout la moindre crapule : l’intérêt général. Maître mot. Cette qualité dont bénéficient tous ceux qui retrouvent la « vraie voie ». Il s’agit là, soit d’une grande naïveté, soit d’une forte compromission, dès lors qu’il s’agit de s’adresser à l’opinion publique sans que la tirade ne provoque la moindre contestation..

Tout l’état major des îliens, les purs parmi les purs, s’est empressé de cerner à la présidence Louis Frébault le contestataire  dès son retour des Marquises vendredi. « Mais c’est bien sûr, comme dirait le commissaire Bourel » la solution est trouvée, c’est le mini remaniement ministériel quelques jours après la naissance en grande pompe du nouveau gouvernement ! Ça ne choque personne. Ce n’est pas du clientélisme, fichtre non, ni l’achat d’un élu ou d’une élue puisque c’est Gaston Tong Sang qui s’y adonne avec un soin scrupuleux. Le couple Frébault, en cadeau, s'est envolé d'ailleurs pour quelques jours de vacances à Las Vegas. Là au moins, personne ne viendra leur offrir de nouveaux avantages pouvant les faire re-basculer.

 Moehau Teriitahi laissera donc sa place à Louis Frébault aux commandes du ministère de l’Equipement,  «  pour le bien général » s’entend et surtout le bien du président et de sa fragile majorité.

Le démissionné héritera probablement d’un portefeuille certes moins important mais ministre il sera, le 15°. Et le tour est joué, fidèle à la république bananière qu'est finalement devenue la Polynésie française . Que Flosse ou Temaru se lancent dans un tour de passe passe et les moralistes s’épanouissent dans des diatribes dévastatrices. Or, le ballet glorieux auquel nous assistons ne secoue ni la presse ni les alliés ni les électeurs de To Tatou Ai’a qui vivent, pour les uns, depuis longtemps couchés sous la férule de Gandhi, du Dalaï Lama, de Kanti alias Tong Sang ou pour les autres dans un espoir de pacotille dans le style «  toi qui crois en moi, tu peux toujours espérer ! ». En vérité, on peut désormais affirmer que les autruches polynésiennes ont le cou si long qu’il leur arrive parfois de trouver du pétrole ! A croire que l’éthique ou les principes ne valent  jamais pour notre "élite" politique.

Tout n’est que tractations, enchères, intérêts, plans sur la comète, argent, privilèges et pouvoir, sans jamais tenir compte bien sûr, de la nullité crasse ou de la qualité de la clientèle. On le sait. Tout le monde le sait. Peu de gens néanmoins démontent le système. On croyait benoîtement que le propre du journalisme consistait à exhumer quelques vérités de temps en temps, pas seulement celles de nos concitoyens de la société civile ou de l’UDSP. Or, visiblement nous n’avons même plus droit à ce «  de temps en temps ». Reste que To Tatou paye pour maintenir sa fragile majorité de 29 à 28 représentants. C'est un fait incontournable. Rien vraiment n’est joué. Gaston Flosse rentre des Etats-Unis, samedi soir pour affronter un pandémonium dominateur et poursuivre le jeu d’échec un instant interrompu. Et si par malheur il met son adversaire « mat » alors la presse déprimée flinguera le vainqueur, ce salaud de corrupteur….