La déprime

 

C’est vrai qu’il y a de quoi baisser les bras. Plus les pouvoirs publics mettent les jeunes en garde contre l’alcool et la drogue, plus ils consomment et plus ils fument ou avalent des saloperies. « La petite discussion  »  comme relatée par Télé Polynésie hier soir a duré 3 H. et a terrifié les clients de Carrefour. Les propriétaires des voitures caillassées si l’on en croit certains mails ne comprennent pas pourquoi les « imbibés » au-delà de la raison n’ont pas été mis en cellules de dégrisement ou traînés devant la justice pour être condamnés, à une peine minimum : nettoyer les bris de verre et détritus en tous genres qui jonchaient le parking de la colère.

Alors, c’est vrai. Les gendarmes n’en peuvent plus. Ils ont enregistré un chiffre record cette année : 125 automobilistes ont été verbalisés pour défaut de permis de conduire. On vole, on casse, on viole, on insulte de plus en plus. La période "cool" est terminée. La prison infâme qu’est devenu Nuutania ne peut plus accueillir de pensionnaires. L’éducation républicaine est absente et n’a jamais été vraiment le fruit de cette société pénétrée de ses espérances, fortifiée même par ses illusions et pétrie de rancœur devant l’étalage de la richesse « des autres ». La Polynésie depuis 2004  est devenue un dinosaure à tête d’épingle, une masse douloureuse et analphabète dans une société inégalitaire, corsetée dans l’idée qu’elle a tous les droits, confortée par des exemples de multirécidivistes qui juraient, l'oeil mouillé, arrêter la politique et qui aujourd’hui plastronnent et se veulent de futurs sénateurs. Une image qui marque les esprits les plus faibles.

Entre les défaillances parentales, la consommation passive de l’image, la déperdition du sens de l’effort au profit de revenus rapides et juteux, l’immobilisme "ordonné" des forces de l’ordre, et les grandes marées démographiques qui n’ont jamais été enrayées, les deux mondes médiatisés, les fêtards friqués et les autres,un jour ou l’autre vont s’entrechoquer . Comment aujourd’hui faire entrer ces milliers de jeunes déphasés, analphabètes, baragouinant le français et le reo maohi dans un moule déjà si vermoulu ?. Ajoutez à cela la déconfiture d’une Polynésie politiquement et culturellement confite dans un Etat lui-même exsangue, lassé après avoir tant donné pour ne récolter que défaillances. Stratégiquement la Polynésie française pour le président de la République ne représente plus rien que de futurs problèmes. D’où d’ailleurs le désengagement de l’armée Cette stratégie de volte face a sans doute  l’avantage du réalisme, mais sa brutalité choque les plus optimistes et les plus actifs. La Nouvelle Calédonie est encore protégée. Elle est riche. Mais pas la Polynésie. L’étau chaque jour se resserre un peu plus. Les sans abris qui ont transformé en village, la plaine d’Atimaono où devait être construits les logements des étudiants selon les promesses de  Christian Estrosi sont désormais indélogeables à moins d’un bain de sang. Même les foires agricoles ne peuvent plus s’y tenir. La chrysalide polynésienne a cessé d’évoluer dans le bon sens. Les services les plus importants du pays fonctionnent en roue libre, les abus politiques font crépiter la mèche, les jeunes fugueuses de 12 à 15 ans qui couchent sous les ponts, échappées du Bon Pasteur parfois, sont droguées et  entraînées dans des bouges où des jeunes et des moins jeunes les violent sans humanité. Plus rien n’est sacré, le blasphème est partout dans cette Polynésie qui ne se cache même plus derrière les rideaux de fleurs. Et tous cherchent un bouc émissaire, un conspirateur propice à toute exploitation ou manipulation. Du coup ces hordes font du coq gaulois un chapon à rôtir et le mot d’ordre « minimiser » pour ne pas effrayer le gros de la population laborieuse est respecté.

 Malheureusement il ne reste que peu d’espoir, le gouvernement Tong Sang est mou et beaucoup trop démagogique, le Tahoeraa n’a plus beaucoup d’activistes, reste l’UPLD qui ne dit pas grand-chose. Il ressasse sa rancune et ses aigreurs sous les sourires trompeurs d’une fierté bridée. Vous l’aurez compris la lucidité m’enlève en ce dimanche tout optimisme superficiel.