La revanche de Romina

Pendant des années Romina, la compagne du président Tong Sang a rongé son frein et étouffé son ambition en voyant son homme dévoué corps et âme aux ordres du président Flosse qu’elle n’a jamais aimé, mais  chef incontesté du plus grand parti de Polynésie, le Tahoeraa Huiraatira.  Aujourd’hui, elle tient sa revanche.

 Son compagnon après avoir tenté et presque réussi l’OPA lancée sur le Tahoeraa dès la fin 2006, en a aspiré une partie des électeurs avec une grande maîtrise  pour finalement l'évincer du pouvoir à son profit en 2007 sous la pression des îliens  en faisant sauter Oscar Temaru et l'UPLD . Il est juste de reconnaître que Gaston Tong Sang a été porté au pouvoir à ce moment là grâce aux voix des représentants Tahoeraa et à Gaston Flosse qui avait accepté de signer le protocole d'accord faisant de Tong Sang le futur président . Reste que pendant les années fastes de la domination orange, la désaffection de Romina envers  Flosse était patente bien que toujours en sourdine.

 Las,rien n'est vraiment secret finalement car pour être le patron, il ne faut pas ignorer ce qui se dit dans le sérail. Et Flosse savait. Il connaissait d'ailleurs les sentiments d'une grande partie des épouses de ses féaux à son égard d'où parfois des retours de manivelle douloureux pour ces derniers..

 La mise à mort programmée de Gaston Flosse par son lieutenant,  ses alliés et  sa compagne a néanmoins échoué en partie. Fallait-il à ce moment là que celui-ci se laisse immoler après avoir adoubé Gaston Iti ? Sous la violence de l'assaut, avec un courage  remarquable, le lion blessé est reparti à l’assaut, la fleur au fusil, regagnant voix après voix, certains des dissidents des îles, puis en  assommant à son tour, d’un coup de Trafalgar, Tong Sang ,Romina et les autres en s’alliant avec l’UPLD. Renvoi du boomerang.

Romina, un nom auquel il ne manque presque que «  grobis » palindrome de Raminagrobis, pour plagier Jean de la Fontaine, n’est plus un personnage privé. Totalement impliquée dans la politique menée par Tong Sang, elle exerce une influence sur son compagnon parfois dangereuse pour le pays. Sans jamais se mêler publiquement aux« affaires », elle pèse néanmoins de tout son poids affectif sur les orientations, les nominations, le choix des personnes placées aux responsabilités et s’épanouit dans la revanche d’un succès qu’elle n’espérait même pas dans ses rêves, il y a moins de cinq ans. Du coup, elle favorise la promotion de ses amis, malheur à ses adversaires convaincus qu’ils lui doivent leur disgrâce, ouvre un bureau dans le saint des saints, transforme en temple zen la présidence silencieuse, refuse les interviews, tant elle se méfie de la presse, même de celle qui couvre son "compagnon président" de lauriers et ne souhaite aucune implication sociale ou caritative dans la vie polynésienne comme d’ailleurs toutes les premières dames  qui se sont succédées « au palais ». Son combat se résume à partager et influencer son compagnon et à entretenir ou accroître ses amitiés au cours de rencontres et de déjeuners. Sans tirer gloire de la passion qu’elle lui inspire mais en sachant, comme toutes les grandes concubines de l’Histoire de France, qu’elle excelle dans ce rôle là, elle fait de la politique à son niveau : trucs, pièges, manipulations en tous genres, chaque déclic de campagne est le fruit d'une volonté puissante de se maintenir à la place qu'elle occupe.

L'icône a cependant un gros défaut. Elle prend souvent ses interlocuteurs pour des imbéciles auxquels elle se plait à faire gober n’importe quoi. Les moins malins tombent dans le piège de la rusée jeune femme, d’autres se gardent bien de lui faire voir qu’ils ne sont pas dupes. Il arrive qu'elle abonde même dans les critiques sans y croire, bien sûr, un seul instant, en rajoute, tout en flattant ceux et celles dont elle s’entiche pour mieux s’en servir. Ceux-là ne doivent jamais oublier que l’hypocrisie et la manipulation sont ses armes favorites. Pour elle, la société polynésienne est partagée en trois, ses amis, ses ennemis et les gogos dont elle tire les ficelles. Au contraire des femmes de Nicolas Sarkozy, la comparaison certes est osée, son atout demeure l’ombre. Est-ce par crainte des flashs et des critiques, par manque d’assurance face aux journalistes, par nature ? Elle n'avouera jamais le pourquoi de cette discrétion. Elle se refuse aux confidences et ne pose jamais pour les photographes. A Paris, elle se sent libre. Anonyme. Personne pour la critiquer, elle peut être «parisienne- paillettes » sans intéresser pour autant les magazines « people » pour lesquels elle est une parfaite inconnue, un peu provinciale, arrivée d’un petit pays lointain si exotique que certains se demandent même si l’étui pénien est porté par les virils guerriers polynésiens ! (authentique !). A Papeete, il est vrai qu’elle ne s’affiche pas avec ostentation dans une revanche conquérante après la gifle et l’immense déception du début de l’année qui avait renvoyé To Tatou Ai’a dans l’opposition lors d’une séance mémorable où elle s’était écriée devant les caméras avec une colère et une épouvantable déception mal contenues «  Et bien nous, on part en vacances ! ». Ce qui était faux !

Le couple protège fort bien sa vie privée, les journalistes ne s’intéressent pas à Romina d'autant qu'elle refuse toute interview. Ils  lui laissent quartier libre. La vie en rose ne se joue qu’à Paris ou dans l’intimité. Reste que l’on peut se demander si la curiosité démocratique peut véritablement s’arrêter à la porte de la chambre à coucher de ce couple madré, si la vie publique, les nominations et nos destinées, s’y jouent en partie.